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Législation

Acheter un HLM pour le louer : ce que dit le décret du 25 août 2026

Le décret n° 2026-826 du 25 août 2026, en vigueur depuis le 29 août, permet aux organismes HLM de vendre certains logements à des bailleurs privés relevant du dispositif Jeanbrun. Conditions d'éligibilité, loyers plafonnés et pièges de l'acte : ce qu'il faut vérifier avant de signer.

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Acheter un HLM pour le louer : ce que dit le décret du 25 août 2026

Vous cherchez un investissement locatif à prix contenu et l’idée d’acheter un logement HLM pour le louer a retenu votre attention ? Vous n’êtes pas seul à vous poser la question, et vous n’avez pas tout à fait tort d’y regarder de près : depuis le 29 août 2026, une porte que la disparition du Pinel au 1er janvier 2025 avait refermée sur les seuls engagements Loc’Avantages se rouvre pour les bailleurs privés.

Le décret n° 2026-826 du 25 août 2026, publié au Journal officiel du 28 août et applicable dès le lendemain, adapte les conditions de vente des logements produits par les organismes d’habitations à loyer modéré (OHLM) à des personnes physiques qui les louent. Derrière cette formule administrative se joue quelque chose de très concret : certains logements du parc social peuvent désormais être cédés à des particuliers investisseurs relevant du « statut du bailleur privé », le régime d’amortissement créé par la loi de finances pour 2026, que la place appelle dispositif Jeanbrun.

Ce marché reste petit, sélectif et encadré. Voici ce que le texte dit exactement, ce que l’amortissement vous permet de déduire, et les vérifications à mener avant de signer — parce que l’erreur la plus coûteuse, ici, serait d’acheter un logement que rien n’ouvre droit à l’avantage fiscal espéré.

Le décret du 25 août 2026 répare un oubli réglementaire né avec le Jeanbrun

La clé du changement se trouve à l’article D. 443-34 du code de la construction et de l’habitation. Ce texte encadre la vente de logements produits par les organismes HLM à des personnes physiques qui ne destinent pas le bien à leur occupation personnelle. Jusqu’au 28 août 2026, il ne permettait une telle vente à un investisseur que si celui-ci s’engageait sur les niveaux de loyer social ou très social du dispositif Loc’Avantages (article 199 tricies du code général des impôts), sur convention avec l’Anah. Le nouveau statut du bailleur privé, lui, restait hors de portée des organismes : la fédération des coopératives HLM le réclamait depuis la fin du Pinel.

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Le décret du 25 août ajoute au renvoi de cet article les « i et j du 1° du I de l’article 31 » du code général des impôts — précisément les alinéas créés par l’article 47 de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026, socle du dispositif Jeanbrun — et supprime l’alinéa devenu inutile. Concrètement, un organisme HLM peut désormais céder certains de ses logements à un acquéreur qui les louera sous ce régime, avec l’amortissement associé. Signé par le Premier ministre, le ministre chargé du Logement et le ministre chargé des Comptes publics, le texte est entré en vigueur le 29 août 2026.

Peut-on vraiment acheter un logement HLM pour le louer ?

Oui, depuis le 29 août 2026 : le décret n° 2026-826 permet aux organismes HLM de vendre certains logements qu’ils ont produits à des personnes physiques qui les louent dans le cadre du dispositif Jeanbrun. Mais l’organisme reste maître de sa décision de mettre ou non un bien en vente, le logement doit être éligible au régime fiscal visé, et l’ordre de priorité des candidats acquéreurs continue de s’appliquer.

Deux précisions évitent les malentendus les plus fréquents. D’abord, le renvoi vise les logements produits par les organismes mentionnés aux articles L. 421-1, L. 422-2 et L. 422-3 du code de la construction et de l’habitation — offices publics de l’habitat, sociétés anonymes d’HLM, sociétés coopératives de production. Le décret ne met donc pas en vente les quelque cinq millions de logements du parc social existant : il concerne des programmes déterminés, choisis par chaque organisme. Ensuite, la décision de vendre appartient à cet organisme, qui arbitre son patrimoine logement par logement, avec l’autorisation prévue par le code.

Le marché lui-même est modeste. Selon l’Agence nationale de contrôle du logement social, un peu plus de 10 000 logements sociaux vendus par an ont été cédés en 2024, après un pic d’environ 13 000 ventes en 2021, soit à peine 0,2 % du parc. Les acquéreurs extérieurs au parc social en ont représenté 5 800, soit 59 % des cessions : l’ouverture aux investisseurs n’est pas théorique, mais le vivier est limité et vous y serez en concurrence avec les candidats à l’accession à la propriété, prioritaires sur une partie des biens.

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À ne pas confondre non plus avec le bail réel solidaire (BRS), qui permet d’acheter un logement neuf à prix très décoté en séparant le bâti du foncier : c’est un mécanisme d’accession destiné à y habiter, pas un investissement locatif, et ses règles n’ont rien à voir avec celles du Jeanbrun.

L’amortissement Jeanbrun : ce que vous pouvez déduire, et à quelles conditions

Le statut du bailleur privé, présenté par le gouvernement sous le nom de dispositif « Relance logement », repose sur un amortissement : vous déduisez chaque année de vos revenus fonciers une fraction du prix d’acquisition du logement, en plus des charges déductibles habituelles (travaux, intérêts d’emprunt, taxe foncière). La base amortissable correspond à 80 % du prix d’acquisition, le solde représentant forfaitairement la valeur du terrain, qui ne s’amortit pas.

Le taux annuel dépend du niveau de loyer auquel vous vous engagez : 3,5 % en loyer intermédiaire, 4,5 % en loyer social et 5,5 % en loyer très social pour un logement neuf ; 3 %, 3,5 % et 4 % pour un logement ancien réhabilité. La déduction est plafonnée à 8 000 € par an et par foyer fiscal, 10 000 € lorsque la moitié au moins de vos revenus concernés provient de logements loués au niveau social, 12 000 € au niveau très social. Sur un achat à 150 000 €, la base amortissable de 120 000 € au taux social de 4,5 % ouvre une déduction de 5 400 € par an.

Les conditions sont strictes et cumulatives : location vide à titre de résidence principale pendant au moins neuf ans, logement situé dans un immeuble collectif (la maison individuelle est exclue), plafonds de loyers et de ressources du locataire — ceux du Pinel pour le niveau intermédiaire, ceux de Loc’Avantages pour les niveaux social et très social — et interdiction de louer à un membre de votre foyer fiscal, à un ascendant ou descendant, ou à un parent ou allié jusqu’au deuxième degré. Le régime relève de la location nue, imposée en revenus fonciers au réel : la location meublée, qui relève des BIC et du statut LMNP, en est exclue. Si vous venez du meublé, ne transportez pas vos réflexes fiscaux dans ce calcul.

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L’acquisition doit en outre être signée entre le 21 février 2026 et le 31 décembre 2028 et, dans l’ancien, s’accompagner de travaux représentant au moins 30 % du prix d’acquisition, aboutissant à un immeuble neuf au sens fiscal ou à une réhabilitation lourde avec un DPE de classe A ou B à l’achèvement. C’est précisément ici que le bât blesse pour une partie du parc social ancien vendu en l’état — nous y revenons.

Un avantage fiscal différé, non définitif : ce que la revente peut vous coûter

Beaucoup de bailleurs comparent l’amortissement Jeanbrun à une réduction d’impôt à la Pinel. C’est une erreur de nature, et elle se paie à la sortie. L’amortissement n’est pas un avantage fiscal au sens du plafonnement global des 10 000 € de niches : c’est une règle de détermination du revenu imposable, ce qui le rend plus puissant qu’une réduction classique. Mais en contrepartie, les amortissements déduits minorent le prix d’acquisition retenu pour le calcul de votre plus-value : l’économie d’impôt d’aujourd’hui majore l’imposition de demain. L’avantage est différé, il n’est pas définitivement acquis.

Le non-respect des engagements — rupture de la location, dépassement des plafonds, location à un proche, cession du logement — conduit à réintégrer les amortissements déduits dans les revenus de l’année où le manquement est constaté, selon un système de quotient. Cette remise en cause n’est pas appliquée en cas d’invalidité, de licenciement ou de décès du contribuable ou de son conjoint. Enfin, si l’amortissement ajouté à vos charges crée un déficit foncier, celui-ci s’impute sur votre revenu global dans la limite annuelle de 10 700 €, le solde étant reportable sur vos revenus fonciers futurs : le mécanisme de droit commun, ni plus ni moins.

Ce que le décret ne change pas : priorités, ancienneté et état du logement

Le décret du 25 août ne touche qu’à la condition d’affectation de l’acquéreur. Tout le reste du cadre des ventes HLM demeure, et c’est lui qui décidera si votre projet aboutit. Un logement occupé ne peut être vendu qu’à son locataire ; un logement vacant doit d’abord être proposé aux locataires de l’organisme dans le département et aux gardiens d’immeuble qu’il emploie, avant d’être ouvert à toute autre personne physique. Pour pouvoir être vendu, le logement doit avoir été acquis ou construit depuis plus de dix ans et respecter des normes minimales d’habitabilité et de performance énergétique (consommation inférieure ou égale à 330 kWh par mètre carré et par an au DPE). L’ensemble du parcours, plafonds de ressources compris, est détaillé sur la fiche officielle de Service-Public sur l’achat d’un logement social.

Autre règle à connaître avant de viser un deuxième achat : une personne physique qui a déjà acquis un logement vacant auprès d’un organisme HLM ne peut pas se porter acquéreur d’un autre, sous peine d’entacher de nullité le second contrat. Et si le bien qui vous intéresse est occupé, la vente au locataire en place relève d’une toute autre logique, celle de la vente au locataire en place.

Les vérifications à faire avant l’offre d’achat, pas après la signature

Le risque pratique identifié par les professionnels du droit est double : signer en pensant bénéficier de l’amortissement alors que le logement ne remplit pas les conditions fiscales, ou découvrir trop tard des charges élevées, une convention attachée au bien ou une clause de l’acte qui contrarie le projet. Trois vérifications s’imposent avant même de formuler une offre, et c’est à vous, bailleur autonome, de les conduire.

Première vérification, la plus importante : l’éligibilité du logement au régime fiscal. L’amortissement Jeanbrun vise les logements neufs ou assimilés, ou les anciens réhabilités dans les conditions vues plus haut. Un logement du parc social ancien vendu en l’état peut très bien être achetable sans pour autant ouvrir droit à l’amortissement : la vente relève du code de la construction et de l’habitation, l’avantage fiscal du code général des impôts, et les deux ne coïncident pas toujours. Demandez à l’organisme la nature exacte du programme et, en cas de doute, faites confirmer l’éligibilité par l’ADIL de votre département ou par votre notaire. Pour les niveaux social et très social, dont les plafonds reprennent ceux de Loc’Avantages — dispositif fondé sur une convention avec l’Anah —, faites également préciser l’étendue exacte de vos engagements avant de vous engager sur un niveau de loyer.

Deuxième vérification : l’état du bien et ses charges. Exigez de l’organisme vendeur le montant des charges locatives récupérables, l’éventuel régime de copropriété, la liste des travaux réalisés au cours des cinq dernières années et le DPE. Un loyer plafonné ne protège pas d’un immeuble coûteux. Troisième vérification : le contenu de l’acte. Les contrats de réservation et de vente mentionnent le cadre réglementaire de la cession et comportent des engagements qui vous lient — lisez-les avec le notaire avant, pas après.

Gérer seul un ancien logement social : ce qui change au quotidien

Une fois propriétaire, vous devenez un bailleur comme les autres, avec un loyer plafonné en plus. La location vide à titre de résidence principale relève de la loi du 6 juillet 1989 : bail écrit, état des lieux, dépôt de garantie, quittance à chaque demande du locataire, régularisation annuelle des charges. Rien ne vous oblige à passer par une agence : la sélection du locataire sous plafonds de ressources (avec les justificatifs prévus), la rédaction du bail et la gestion courante sont à la portée d’un propriétaire organisé — et la quittance comme la régularisation des charges se prêtent bien à l’automatisation, ce que fait précisément notre outil.

À la différence d’un achat destiné à votre occupation personnelle — qui peut ouvrir droit à certaines aides, comme l’APL propriétaire —, un achat pour louer repose sur vos loyers et sur l’avantage fiscal négocié dans l’acte. Côté relation locative, anticipez aussi la fin du parcours : les protections renforcées du locataire de plus de 65 ans aux ressources modestes, prévues notamment par la loi ALUR, peuvent vous obliger à proposer un relogement au moment de donner congé. Mieux vaut connaître ces règles dès la sélection, pas au moment du départ.

Ce qu’il faut retenir avant d’acheter un logement HLM pour le louer

Oui, acheter un logement HLM pour le louer est désormais possible : le décret n° 2026-826 du 25 août 2026, en vigueur depuis le 29 août, raccorde la vente de logements produits par les organismes HLM au statut du bailleur privé. Mais l’ouverture est étroite : un parc limité — environ 10 000 ventes par an —, des priorités aux locataires du département, un logement ancien de plus de dix ans devant satisfaire des normes d’habitabilité et de performance énergétique, et un régime fiscal exigeant, qui impose neuf ans de location vide à loyer et ressources plafonnés.

L’amortissement peut atteindre 5,5 % par an de la base amortissable, dans la limite de 8 000 à 12 000 € de déduction annuelle, et il ne se confond pas avec une réduction d’impôt : il majore la plus-value de sortie et se remet en cause si les engagements ne sont pas tenus. Avant toute offre, faites confirmer l’éligibilité du logement au régime, chiffrez les charges et lisez chaque clause de l’acte avec votre notaire.

Une fois l’acte signé, ce logement est un bien locatif comme un autre, gérable sans agence : bail, quittances, régularisation de charges et relation locative suivent les règles de droit commun de la location vide. L’achat d’un logement social pour le louer se prépare comme un investissement, se vérifie comme un acte notarié — et se gère, ensuite, en propriétaire autonome.

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