Crise du logement : les entreprises contraintes d’agir

Crise du logement : les entreprises contraintes d’agir

En cinq ans, 500 000 personnes seraient passées à côté d’un contrat de travail, faute d’avoir trouvé un logement, selon une étude du Credoc (juillet 2011).

Une situation aberrante quand on sait la difficulté de trouver un emploi aujourd’hui en France. D’autant que les catégories les plus touchées par les problèmes de logement (les jeunes, les familles monoparentales, les chômeurs…) sont aussi celles qui rencontrent le plus de difficultés à trouver un emploi. Quant aux entreprises, elles peinent parfois à recruter des candidats contraints de décliner l’offre faute de pouvoir se loger dans la région. En témoigne une autre étude d’avril 2012 du Credoc réalisée à la demande du Medef, qui montre que 23 % des établissements interrogés font état de difficultés de recrutement liées à la crise du logement. C’est surtout le cas dans les zones tendues comme la région parisienne ou PACA : les prix des loyers y sont inaccessibles. Côté salariés en poste, eux aussi subissent les conséquences d’un marché difficilement pénétrable. Des ressources insuffisantes les obligent parfois à s’éloigner de leur entreprise pour se loger décemment. Si les temps de trajets allongés ajoutent stress et fatigue aux employés, ils ont aussi des effets sur la vie des entreprises. Le Credoc indique ainsi que 18 % des sociétés estiment que le temps passé dans les transports nuit à la productivité des salariés. Au-delà, la crise du logement limiterait la mobilité, et augmenterait le turn-over.

Ainsi tributaires des conditions de logement de leurs salariés, et peu soutenues par l’Etat, certains employeurs entreprennent des actions pour aider les employés à mieux se loger.

Les aides des entreprises

Même si le phénomène reste limité, la mise en place de systèmes d’aides au logement est en train de se développer dans les entreprises. Ils peuvent même devenir des arguments pour le recrutement. Ces facilités peuvent prendre plusieurs formes selon les cas : participation financière aux loyers, avance du dépôt de garantie, prêts à taux zéro… Mieux, l’employeur peut parfois proposer de se porter garant … Autant de moyens qui facilitent l’accès à l’habitat des employés et permettent aux entreprises d’attirer et de garder leurs salariés. Evidemment ces initiatives concernent surtout les grands groupes dont les capacités financières le permettent. Dans ce cadre, certaines sociétés n’hésitent plus à investir dans l’immobilier pour loger eux-mêmes les membres du groupe dans des appartements aux loyers bas et proches du lieu de travail.

Ces actions spécifiques sont d’autant bienvenues que les actions des pouvoirs publics en la matière restent très limitées. Le dispositif d’Action Logement (1% logement), dont la mission est justement de faciliter l’emploi par l’accession à la propriété et de développer l’offre locative avec la participation des entreprises privées, a vu son budget réduire considérablement. Ceci depuis la loi 2009 de Christine Boutin qui réaffecte une partie des ressources financières aux agences gouvernementales (l’Anru, Agence nationale pour la rénovation urbaine et l’Anah, Agence nationale de l’habitat). En 2011, seulement 520 000 ménages ont bénéficié de l’aide contre 1 million en 2006. Une situation dénoncée à maintes reprises par les partenaires sociaux (patronat et syndicats) qui viennent d’ailleurs de signer un accord concernant un projet de relance du dispositif le 18 avril dernier. Pour la CGT, cet accord a pour objectif de « redonner un sens et une lisibilité au dispositif du 1% afin de répondre aux besoins des salariés ». Au-delà, l’enquête du Credoc montre que les entreprises, à 73 %, réclament le soutien des élus locaux et des collectivités.

Le rapport de cause à effet entre la crise du logement et le marché de l’emploi est de plus en plus préoccupant. Outre les initiatives spécifiques de certaines entreprises pour faciliter l’accès au logement et à l’emploi, ce sont des actions pertinentes de l’Etat qui sont attendues pour enrayer une crise du logement qui déstabilise un peu plus un contexte économique déjà fort fragilisé.

Patrick Chappey – © 2012 Gererseul.com

 

 

 

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