Remplacer le ballon d’eau chaude d’un logement loué est une dépense qu’on repousse facilement : l’équipement fonctionne encore, le locataire ne se plaint pas, et la facture d’électricité n’est pas la vôtre. C’est un arbitrage classique du bailleur qui gère seul, et il vient d’être modifié par un texte très daté.
L’arrêté du 17 août 2026, publié au Journal officiel du 23 août, multiplie la prime versée au titre des certificats d’économies d’énergie pour les chauffe-eau thermodynamiques et solaires. La bonification ne vaut que pour les opérations engagées entre le 1er septembre et le 31 décembre 2026 : quatre mois, puis retour au régime antérieur.
Beaucoup de propriétaires vont pourtant passer à côté, non pas faute d’avoir vu l’information, mais parce que deux conditions du texte se lisent de travers : celle qui impose de faire disparaître tout équipement fossile du logement, et celle qui détermine le coefficient à partir des revenus du ménage occupant — pas des vôtres.
Un arrêté du 17 août 2026 ouvre une fenêtre de quatre mois, pas un nouveau barème durable
Le texte de référence est l’arrêté du 17 août 2026 créant de nouvelles bonifications CEE, publié au Journal officiel n° 0196 du 23 août 2026. Il crée une bonification pour quatre fiches d’opérations standardisées — BAR-TH-101 (chauffe-eau solaire individuel), BAR-TH-148 (chauffe-eau thermodynamique à accumulation), BAR-TH-162 et BAR-TH-168 — et modifie celle de la fiche BAR-TH-143.
À lire : Rénovation énergétique en copropriété en 2026 : règles, fonctionnement et points de vigilance pour les copropriétairesSes dispositions entrent en vigueur le 1er septembre 2026 et ne concernent que les opérations engagées avant le 1er janvier 2027. Ce n’est donc pas une revalorisation de barème comme on en voit chaque année : c’est un coefficient multiplicateur temporaire appliqué au volume de certificats généré par l’opération.
La date qui compte est celle de l’engagement, et c’est le devis signé qui la matérialise. Un bailleur qui gère seul maîtrise précisément ce paramètre : personne ne décide à sa place du moment où il signe. Un devis daté du 28 août n’ouvre rien ; le même devis signé le 3 septembre entre dans la fenêtre. À l’autre bout, un devis signé le 28 décembre reste dans le champ du texte même si l’installation a lieu en janvier, l’arrêté ne fixant pas de date limite d’achèvement.
Autre point à anticiper : l’arrêté renforce les contrôles à compter du 1er septembre 2026, avec 20 % des opérations vérifiées sur site et 30 % supplémentaires par contact à distance. Un appel ou une visite de contrôle sur un logement que vous louez n’est pas un incident : c’est le fonctionnement normal du dispositif, et il vaut mieux en avoir prévenu son locataire.
Quel est le montant réel de la prime pour un logement loué ?
Pour un chauffe-eau thermodynamique à accumulation (fiche BAR-TH-148), la prime CEE peut atteindre sept fois le volume de certificats standard lorsque le logement est occupé par un ménage modeste, et quatre fois dans les autres cas. Pour le chauffe-eau solaire individuel et les autres gestes solaires visés, le coefficient peut atteindre cinq pour un ménage modeste, quatre sinon.
À lire : Vidange de fosse septique au départ du locataire : règles, preuves et recoursCes coefficients ne sont pas des montants. L’arrêté agit sur le volume de certificats, pas sur un chiffre en euros : la somme effectivement versée dépend de l’offre de l’obligé ou du délégataire auprès duquel vous déposez votre dossier. Aucun texte ne garantit un montant, et c’est l’erreur d’interprétation la plus fréquente sur ce genre d’annonce — un facteur sept sur les certificats ne signifie pas un chèque multiplié par sept.
La conséquence pratique est simple pour qui gère seul : demander deux ou trois propositions chiffrées avant de signer, en précisant la fiche visée et la catégorie de ménage retenue. C’est le seul moyen de savoir ce que la bonification vaut dans votre cas précis, sans se fier à un montant annoncé en tête d’article.
La condition qui fait tout basculer : plus aucun équipement fossile dans le logement
C’est la clause décisive, et elle est écrite noir sur blanc. Les bonifications ne s’appliquent que « dès lors que la mise en place […] ne conduit pas à installer ou conserver un système de chauffage et/ou de production d’eau chaude sanitaire intégrant au moins un équipement susceptible d’utiliser des combustibles fossiles ».
Autrement dit, il ne s’agit pas seulement de remplacer un ballon : il s’agit de sortir le logement des énergies fossiles pour le chauffage comme pour l’eau chaude. Un logement chauffé au gaz par une chaudière qui produit aussi l’eau chaude ne peut pas, à la lecture du texte, ouvrir la bonification si l’on se contente d’ajouter un chauffe-eau thermodynamique en conservant la chaudière. La condition parle bien du système, pas du seul appareil remplacé.
À lire : Chauffage collectif : quelles obligations pour le bailleur en 2025 ?C’est là que beaucoup de bailleurs vont se tromper, en toute bonne foi : le raisonnement « je décarbone l’eau chaude, donc j’y ai droit » ne correspond pas à ce que dit l’arrêté. Le cas franchement favorable est celui du logement tout-électrique dont le ballon à résistance arrive en fin de vie ; le cas à examiner de près est celui du logement encore équipé au gaz ou au fioul, où la question devient celle d’un remplacement plus large.
Avant de signer, faites confirmer par écrit par l’obligé que votre configuration ouvre bien la bonification, en lui décrivant l’intégralité des équipements de chauffage et d’eau chaude présents dans le logement. Votre dernier diagnostic de performance énergétique et votre état des lieux vous donnent cet inventaire sans avoir à vous déplacer.
Le coefficient dépend des revenus du ménage occupant, pas des vôtres
L’arrêté ne définit pas lui-même les « ménages modestes » : il renvoie au II ter de l’article 3-1 de l’arrêté du 29 décembre 2014. Et ce texte est explicite sur les revenus retenus : « la somme des revenus fiscaux de référence mentionnés sur les avis d’imposition ou de non-imposition au titre de l’année N-2 […] pour les personnes composant le ménage ». À titre d’illustration, pour une personne seule, le plafond « ménage modeste » s’élève à 29 253 € en Île-de-France et 22 259 € dans les autres régions.
Dans le dispositif des CEE, le ménage considéré est celui qui occupe le logement concerné par l’opération, et la situation se justifie par les avis d’imposition prévus par l’arrêté du 4 septembre 2014. Pour un logement loué, cela déplace complètement le curseur : c’est le foyer de votre locataire, et non le vôtre, qui détermine si vous êtes sur le coefficient bonifié ou sur le coefficient de droit commun.
Un bailleur aisé qui loue à un ménage modeste peut donc relever du coefficient le plus élevé, et l’inverse est vrai aussi. C’est la mécanique exactement contraire à celle de MaPrimeRénov’, où ce sont les revenus du propriétaire qui sont retenus — et confondre les deux logiques conduit à sous-estimer ou surestimer largement l’aide attendue.
Concrètement, la pièce à obtenir est l’avis d’imposition ou de non-imposition des personnes composant le ménage occupant. Ce document appartient à votre locataire : sa communication repose sur son accord, et il n’y a rien d’anormal à le lui demander en expliquant que la prime finance un équipement qui réduira sa facture d’eau chaude. C’est la même démarche de justificatifs de revenus que vous connaissez déjà à l’entrée dans les lieux, par exemple lorsque vous instruisez un dossier avec la garantie Visale d’Action Logement. Un refus n’est pas un blocage : il vous ramène au coefficient non bonifié, qui reste supérieur au régime antérieur.
Le dossier réclame par ailleurs, outre cet avis d’imposition :
- le devis signé et daté, qui établit la date d’engagement de l’opération ;
- la facture de l’installation, mentionnant la fiche CEE visée ;
- le justificatif de qualification de l’installateur ;
- les caractéristiques techniques de l’équipement posé.
MaPrimeRénov’ par geste n’est pas encore fermée, et c’est un piège de calendrier
Toute la communication autour de cet arrêté le présente comme la compensation de la fin de MaPrimeRénov’ par geste pour les chauffe-eau. À la date de rédaction de cet article, cette fin n’est pourtant pas actée : le décret et l’arrêté qui excluraient six gestes du parcours par geste — dont le chauffe-eau thermodynamique et le chauffe-eau solaire — ont été présentés au Conseil national de l’habitat le 2 juillet 2026, qui a rendu un avis défavorable, et ils n’ont pas été publiés au Journal officiel. Tant qu’aucun texte ne paraît, le parcours par geste reste ouvert à ces équipements, et les règles d’obtention de MaPrimeRénov’ continuent de s’appliquer.
Sur ce parcours, l’aide pour un chauffe-eau thermodynamique peut atteindre 1 200 € pour les ménages aux ressources très modestes, 800 € pour les ménages modestes et 400 € pour les ménages aux ressources intermédiaires, le profil supérieur n’y étant pas éligible. Les conditions habituelles s’appliquent : logement achevé depuis plus de quinze ans, occupé à titre de résidence principale, travaux confiés à un artisan qualifié. Les bailleurs y sont éligibles, avec un engagement de louer le logement en résidence principale pendant six ans, un remboursement au prorata des années non louées, un plafond de logements aidés et un encadrement de l’évolution du loyer.
Le piège est dans l’articulation des deux dispositifs. L’arrêté du 17 août 2026 exclut de la bonification les opérations ayant fait l’objet d’une demande d’aide au titre de la prime de transition énergétique déposée avant le 1er septembre 2026, sauf demande refusée avant cette date. Déposer un dossier MaPrimeRénov’ dans les prochains jours « pour sécuriser », puis se rabattre sur la prime CEE bonifiée, peut donc fermer la seconde porte au lieu d’en ouvrir deux.
L’arbitrage se fait au cas par cas, et il n’est pas évident : d’un côté un montant connu à l’avance mais assorti d’un engagement de location de six ans, de l’autre un coefficient dont la valeur en euros dépend de l’offre retenue. Gérer seul ne veut pas dire décider sans appui : le service public France Rénov’ renseigne gratuitement sur ce genre de choix, et son avis engage moins votre calendrier qu’un dépôt de dossier prématuré. La même prudence valait pour les arbitrages autour de MaPrimeRénov’ et le financement d’une climatisation, où le périmètre exact des équipements aidés faisait toute la différence.
En location nue, l’aide encaissée ne reste pas en dehors de votre déclaration
Ce paragraphe concerne la location nue, imposée dans la catégorie des revenus fonciers, au régime réel (déclaration 2044). La location meublée relève des bénéfices industriels et commerciaux, avec ses propres règles — notamment l’amortissement de l’équipement — qui ne se transposent pas ici : un bailleur en meublé ne doit pas appliquer ce qui suit.
La règle est posée par l’article 29 du code général des impôts et rappelée par l’administration : les subventions et indemnités destinées à financer des charges déductibles sont comprises dans le revenu brut foncier l’année de leur encaissement par le bailleur. À l’inverse, celles qui financent des charges non déductibles ne sont pas imposables à ce titre. L’erreur classique consiste à déduire la dépense de travaux et à omettre l’aide perçue en face : le résultat foncier déclaré est alors faussé, dans une proportion qui n’est pas négligeable quand l’aide représente une part importante du devis.
Deux réserves méritent d’être connues plutôt que devinées. D’abord, toutes les dépenses de travaux ne sont pas déductibles : leur caractère déductible dépend de la nature exacte de l’intervention. Ensuite, le passage du BOFiP cité ci-dessus vise les aides de l’État, des collectivités territoriales, de l’Anah et des compagnies d’assurance ; il ne traite pas expressément des primes versées par un obligé privé au titre des certificats d’économies d’énergie. Le sort d’une prime CEE en revenus fonciers n’est donc pas tranché par ce texte, et la question mérite d’être posée à votre service des impôts des particuliers plutôt que réglée par analogie.
Ce qu’il faut retenir avant de signer un devis
La fenêtre est réelle mais étroite : seules les opérations engagées entre le 1er septembre et le 31 décembre 2026 sont concernées, et c’est la date du devis signé qui compte. Si le ballon d’eau chaude d’un de vos logements approche de la fin de vie, l’avancer de quelques mois a un sens économique ; s’il vient d’être remplacé, cet arrêté ne vous concerne pas et il n’y a rien à en faire.
Trois vérifications suffisent à savoir où vous en êtes, et aucune n’exige d’intermédiaire. Le logement sortira-t-il des énergies fossiles pour le chauffage comme pour l’eau chaude à l’issue des travaux, sans quoi la bonification n’est pas ouverte ? Votre locataire accepte-t-il de fournir son avis d’imposition, qui décide du coefficient applicable ? Et n’avez-vous pas déposé de demande MaPrimeRénov’ sur cette opération avant le 1er septembre 2026, ce qui refermerait la bonification ?
Reste à faire confirmer par écrit, par l’obligé que vous aurez retenu, le montant correspondant à votre situation avant toute signature, et à conserver devis, facture et justificatifs en prévision d’un contrôle désormais plus fréquent. Un bailleur qui gère seul est ici dans une bien meilleure position qu’il ne le croit : il connaît ses équipements, il parle directement à son locataire et il choisit la date de sa signature. Ce sont exactement les trois paramètres dont dépend cette prime.



