Le diagnostic de performance énergétique n’a pas fini d’évoluer. Après une première réforme entrée en vigueur le 1er janvier 2026, qui a modifié le calcul du DPE et amélioré le classement de nombreux logements chauffés à l’électricité, une nouvelle évolution attend les propriétaires dès le 1er janvier 2027.
Cette fois, il ne s’agit pas principalement de déplacer des logements d’une classe énergétique à une autre. L’objectif est d’enrichir considérablement les informations fournies par le diagnostic afin de se conformer à la nouvelle directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments. Production d’énergie renouvelable, durée de vie du chauffage, capacité du logement à adapter sa consommation ou encore nouvelle mention « A0 » : le DPE doit progressivement devenir une véritable fiche d’identité énergétique du logement.
Pour les propriétaires bailleurs, il est donc important de ne pas confondre le DPE 2026 et le DPE 2027, car les deux réformes n’ont ni le même objet ni les mêmes conséquences.
DPE 2026 et DPE 2027 : deux réformes différentes
La première évolution est déjà entrée en vigueur le 1er janvier 2026. Elle concerne le coefficient permettant de convertir l’électricité consommée dans un logement en énergie primaire. Celui-ci est passé de 2,3 à 1,9, afin de l’aligner sur la valeur européenne. Cette modification favorise mécaniquement les logements chauffés à l’électricité.
À lire : Canicule : quels sont les droits du locataire concernant la climatisationLe Gouvernement estimait que cette seule modification permettrait à environ 850 000 logements de sortir des classes F et G, sur les 4,8 millions de passoires énergétiques que comptait le parc de résidences principales pris comme référence. Aucun logement ne pouvait en revanche voir son classement se dégrader du seul fait de cette réforme.
Les DPE réalisés avant 2026 restent d’ailleurs valables, sous réserve de leur durée normale de validité. Lorsqu’un logement bénéficie du nouveau calcul, son propriétaire peut obtenir gratuitement une attestation actualisant son étiquette sur l’Observatoire DPE-Audit de l’Ademe, sans faire revenir un diagnostiqueur.
La réforme applicable au 1er janvier 2027 est d’une autre nature. Elle résulte de la transposition en France de la directive européenne 2024/1275 sur la performance énergétique des bâtiments. L’arrêté français du 11 juin 2026, publié au Journal officiel le 13 août 2026, modifie le contenu du DPE résidentiel et entrera en vigueur le 1er janvier 2027.
Pourquoi l’Europe impose-t-elle un nouveau DPE ?
La directive européenne 2024/1275, dite directive sur la performance énergétique des bâtiments, poursuit un objectif beaucoup plus large que le seul classement énergétique des logements. L’Union européenne souhaite disposer d’informations plus homogènes sur les bâtiments afin d’accompagner la rénovation et la décarbonation du parc immobilier européen.
À lire : Airbnb : les sanctions se durcissent pour les propriétaires en 2026Son annexe V définit ainsi un modèle de certificat de performance énergétique comprenant davantage d’informations sur la consommation réelle du bâtiment, les énergies renouvelables, les émissions de gaz à effet de serre ou encore certaines caractéristiques de ses équipements.
Le DPE français était déjà plus développé que certains certificats énergétiques européens. La France n’a donc pas besoin de repartir de zéro. Elle doit néanmoins compléter son diagnostic pour intégrer plusieurs informations supplémentaires.
Pour le propriétaire, la différence sera perceptible : le DPE ne dira plus seulement « votre logement consomme tant et appartient à telle classe ». Il donnera davantage d’indications sur la manière dont cette énergie est produite et utilisée et sur la capacité du bâtiment à évoluer.
La quantité d’énergie renouvelable produite directement par le logement
Première nouveauté : le DPE indiquera plus précisément la production d’énergie renouvelable réalisée sur place.
À lire : MaPrimeRénov’ 2026 : peut-on financer une climatisation avec les aides de l’État ?Le diagnostic devra faire apparaître l’énergie renouvelable totale produite sur site, exprimée en kWh, ainsi que le détail de cette production selon les différentes sources d’énergie renouvelable.
Cette évolution concerne évidemment les logements équipés de panneaux photovoltaïques, mais elle s’inscrit plus généralement dans la volonté européenne de mieux distinguer les bâtiments qui produisent une partie de l’énergie qu’ils consomment.
Pour un propriétaire ayant investi dans des équipements de production énergétique, cette information permettra donc de mieux matérialiser cet avantage dans le diagnostic présenté à un locataire ou à un acquéreur.
La part des renouvelables dans la consommation totale du logement
Le DPE 2027 ne se contentera pas d’indiquer combien de kWh renouvelables sont produits. Il mettra également cette production en perspective avec la consommation du logement.
Le diagnostic précisera ainsi la proportion de l’énergie renouvelable produite sur place par rapport à la consommation totale d’énergie finale. Le détail pourra également apparaître pour chaque source d’énergie renouvelable.
La différence est importante. Deux maisons équipées de panneaux photovoltaïques peuvent produire la même quantité d’électricité tout en présentant des situations énergétiques très différentes si l’une consomme deux fois plus d’énergie que l’autre.
Ce nouvel indicateur donnera donc une vision plus pertinente de l’autonomie énergétique du bâtiment.Le principal vecteur énergétique du logement sera identifié
Autre information qui apparaîtra plus clairement : le principal vecteur ou la principale source énergétique du bâtiment, aussi bien en énergie primaire qu’en énergie finale.
L’énergie finale correspond, pour simplifier, à celle effectivement livrée et consommée dans le logement. L’énergie primaire tient également compte de l’énergie nécessaire en amont pour produire et acheminer cette énergie.
Cette distinction est précisément au cœur de la réforme de 2026 sur l’électricité. Depuis le 1er janvier 2026, 1 kWh d’électricité finale est comptabilisé comme 1,9 kWh d’énergie primaire, contre 2,3 auparavant.
Le nouveau DPE permettra donc à un propriétaire ou à un candidat locataire de comprendre plus facilement de quelle énergie dépend principalement le logement.
Le DPE estimera la durée de vie restante du chauffage
C’est probablement l’une des nouveautés les plus concrètes pour un propriétaire : le diagnostic comportera une évaluation de la durée de vie restante du système de chauffage et, lorsqu’il existe, du système de climatisation.
L’intérêt est évident. Une chaudière ou une pompe à chaleur peut encore fonctionner correctement lors de la vente d’un logement tout en approchant de sa fin de vie. Jusqu’à présent, cette réalité était difficilement perceptible à la seule lecture de l’étiquette énergétique.
La Commission européenne souligne que cette information doit permettre aux propriétaires d’anticiper le remplacement des équipements plutôt que d’attendre une panne. À titre indicatif, ses orientations évoquent une durée de vie moyenne pouvant aller de 7 à 25 ans pour un système de chauffage, d’environ 20 à 25 ans pour une pompe à chaleur moderne et de 10 à 15 ans pour un système de climatisation, tout en précisant que l’entretien, l’utilisation et la qualité de l’installation jouent un rôle déterminant.
Pour un acquéreur, cette donnée pourrait également devenir un élément supplémentaire dans l’évaluation du coût futur du logement.
Le logement indiquera s’il est capable d’adapter sa consommation
Cette information est beaucoup plus nouvelle pour le grand public. Le DPE devra préciser si le bâtiment est capable de réagir à des signaux externes et d’adapter sa consommation d’énergie afin de contribuer à la flexibilité du système électrique.
Derrière cette formulation technique se trouve une évolution importante du réseau électrique. Avec le développement des énergies renouvelables et des équipements pilotables, un bâtiment peut devenir capable de déplacer certaines consommations vers les périodes où l’électricité est plus abondante ou moins sollicitée.
Un ballon d’eau chaude, une pompe à chaleur, une batterie ou une borne de recharge peuvent, lorsqu’ils sont correctement pilotés, participer à cette flexibilité.
Le DPE commence donc à regarder le logement non plus uniquement comme un consommateur passif d’énergie, mais comme un élément susceptible d’interagir avec le réseau.
Le DPE évaluera la capacité du chauffage à fonctionner à basse température
Dernière information importante : le diagnostic indiquera si le système d’émission et de distribution de chaleur peut fonctionner à basse température ou à une température permettant une meilleure efficacité énergétique.
Cette donnée peut notamment être intéressante lorsqu’un propriétaire envisage de remplacer une chaudière par une pompe à chaleur. Certains systèmes de chauffage sont beaucoup plus adaptés que d’autres à un fonctionnement à basse température.
Les orientations européennes considèrent par exemple comme basse température un régime dont la température de conception ne dépasse pas 45 °C, avec une moyenne saisonnière ne dépassant pas 42 °C.
Cette nouvelle indication doit donc aider le propriétaire à déterminer si son installation actuelle est compatible avec une évolution vers un mode de chauffage plus performant.
La mention « A0 » fait son apparition sur le DPE
C’est certainement la modification la plus visible de la réforme. À compter du 1er janvier 2027, certains logements particulièrement performants pourront bénéficier d’une mention « A0 », destinée à identifier les bâtiments à émissions nulles au sens de la réglementation européenne.
Attention toutefois : A0 ne signifie pas qu’une huitième classe vient simplement s’ajouter aux classes A à G. Le classement français de référence demeure fondé sur l’échelle actuelle. La mention A0 permet de distinguer, parmi les bâtiments les plus performants, ceux qui répondent aux critères du bâtiment à émissions nulles.
La directive européenne prévoit en effet que la meilleure catégorie énergétique doit correspondre aux bâtiments à émissions nulles et autorise, dans certaines configurations nationales, l’utilisation de la désignation A0. Elle prévoit également la possibilité d’une classe A+ pour des bâtiments allant encore au-delà de certains seuils européens, mais cette faculté n’implique pas automatiquement son introduction dans le DPE français.
La nuance est importante pour les propriétaires : il ne faut donc pas interpréter A0 comme une nouvelle classe qui ferait mécaniquement descendre les actuels logements A vers une catégorie inférieure.
Les DPE actuels deviendront-ils invalides le 1er janvier 2027 ?
L’arrivée du nouveau modèle ne signifie pas que tous les propriétaires devront nécessairement commander un nouveau diagnostic au 1er janvier 2027.
Aujourd’hui, un DPE réalisé depuis le 1er juillet 2021 est en principe valable dix ans. La réforme de 2026 n’a d’ailleurs pas supprimé automatiquement la validité des diagnostics antérieurs : lorsqu’une meilleure étiquette résultait du changement du coefficient électrique, une attestation pouvait être générée sans nouvelle visite.
Il faut donc distinguer l’entrée en vigueur d’un nouveau modèle de DPE et la durée de validité d’un diagnostic déjà établi. Pour un bailleur, le réflexe doit être de vérifier la date et la validité de son DPE avant une nouvelle mise en location plutôt que de considérer qu’un nouveau diagnostic est systématiquement nécessaire à chaque réforme.
Les interdictions de location ne changent pas au 1er janvier 2027
Autre confusion à éviter : la réforme européenne du contenu du DPE ne crée pas, à elle seule, une nouvelle interdiction générale de location au 1er janvier 2027.
Le calendrier français de décence énergétique reste un sujet distinct. En France métropolitaine, les logements classés G sont concernés par l’interdiction de location depuis 2025. Le niveau minimal doit ensuite passer à la classe E à compter du 1er janvier 2028, puis à la classe D à compter du 1er janvier 2034.
Pour les bailleurs, 2027 doit donc surtout être compris comme une année d’évolution de l’information énergétique attachée au logement, avant une nouvelle échéance locative majeure en 2028.
Le DPE devient progressivement le carnet de santé énergétique du logement
En quelques années, le rôle du diagnostic de performance énergétique a profondément changé. Autrefois essentiellement informatif, il détermine aujourd’hui directement la possibilité de louer certains logements, intervient dans les annonces immobilières et influence de plus en plus les décisions de rénovation, d’achat et de financement.
La réforme de 2027 accentue encore cette évolution. En intégrant la production renouvelable, la durée de vie des équipements, la flexibilité énergétique et les caractéristiques du système de chauffage, le DPE donne une vision beaucoup plus large du bâtiment.
Pour les propriétaires bailleurs, la conséquence est importante : l’étiquette A à G restera essentielle, mais elle ne racontera plus à elle seule toute l’histoire énergétique du logement. Deux biens appartenant à la même classe pourront présenter des profils très différents en matière de production renouvelable, d’équipements ou de capacité d’évolution.
Après la réforme de 2026 qui a principalement modifié les résultats du calcul pour les logements électriques, le DPE 2027 change donc surtout la quantité et la qualité des informations fournies. Une distinction essentielle pour comprendre les nouvelles règles sans confondre les deux réformes.



