RENT Paris 2025 : l’édition qui consacre la maturité technologique de l’immobilier français

RENT Paris 2025 : l’édition qui consacre la maturité technologique de l’immobilier français

Le salon RENT Paris 2025, qui s’est tenu les 5 et 6 novembre au Parc des Expositions de la Porte de Versailles, s’impose comme une édition charnière dans l’histoire récente de la Proptech.
L’affluence exceptionnelle, tout comme la densité des échanges, ont confirmé que le secteur immobilier ne traverse plus une phase d’expérimentation numérique, mais une véritable mutation systémique portée par l’intelligence artificielle et les plateformes intégrées.

Avec plus de 12 000 visiteurs, près de 450 exposants et une effervescence rarement observée, le millésime 2025 marque un tournant.
L’ambition affichée – “IA : meilleure amie ou meilleure ennemie ?” – pouvait laisser présager un débat théorique ; elle a finalement révélé une dynamique beaucoup plus profonde et structurante pour l’ensemble de la filière.

L’IA ne s’impose plus comme un thème : elle devient un socle opérationnel

Dès l’ouverture, la tonalité a été claire : la technologie n’est plus une perspective, elle est devenue une infrastructure.
Les exposants ont présenté des solutions dont le degré de maturité tranche nettement avec les éditions précédentes.

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L’un des moments les plus commentés fut la démonstration d’une plateforme d’estimation immobilière développée par une scale-up française, PriceHawk, dont les modèles croisent désormais données notariales, signaux de marché et caractéristiques énergétiques pour produire des évaluations d’une précision inédite.
La solution a fait forte impression en comparant en direct des estimations historiques et des valeurs recalculées via des modèles prédictifs dopés à l’IA.

À quelques stands de là, Dioramas Studio, un acteur bien installé dans l’imagerie 3D, dévoilait sa nouvelle suite de contenus génératifs.
En quelques minutes, les agents peuvent désormais produire une visite immersive, une vidéo commerciale, puis des déclinaisons courtes pour les plateformes sociales.
Une évolution qui illustre à quel point la communication immobilière est entrée dans une phase d’automatisation sophistiquée, où la créativité devient un produit industriel mais maîtrisé.

Les plateformes intégrées confirment la consolidation du marché

Si l’hyper-spécialisation avait été la marque des dix premières années de la Proptech, RENT 2025 révèle une nette inflexion : le marché veut moins d’outils, mais de meilleurs outils.
Ce besoin de cohérence explique pourquoi plusieurs acteurs historiques ont présenté des suites logicielles couvrant désormais l’intégralité du cycle immobilier.

Les visiteurs ont par exemple particulièrement scruté le stand de Périclès Groupe, venu dévoiler la nouvelle version de son écosystème transaction-gestion, entièrement réarchitecturé pour intégrer des briques IA et une base de données unifiée.
La promesse est simple mais puissante : réduire le nombre d’applications utilisées quotidiennement et offrir une vision consolidée des biens, des clients et des opérations.

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Face à eux, de jeunes acteurs, comme Orion Property OS, ont démontré la vigueur d’une nouvelle génération de solutions “AI-native”.
Leur positionnement est clair : proposer une couche logicielle centrale vers laquelle se connectent les outils tiers, inversant ainsi le modèle traditionnel d’empilement technologique.
Le succès de fréquentation de leur stand ne doit rien au hasard : l’immobilier cherche désormais des architectures logicielles durables, capables d’évoluer sans se fragmenter.

La rénovation énergétique, la grande gagnante du salon

La pression réglementaire sur la performance énergétique a transformé RENT 2025 en laboratoire vivant de solutions “green tech”.
Nombre de visiteurs se sont attardés devant les innovations proposées par Kairn Energy, qui présentait un jumeau numérique capable de modéliser l’impact précis d’un bouquet de travaux sur la future valeur verte d’un bien ou d’un immeuble.

Leur démonstration, articulée autour d’un immeuble parisien de 1970, montrait en temps réel l’évolution du DPE en fonction de différents scénarios, chiffrant coûts, gains énergétiques et retour sur investissement.
Un outil de pilotage autant réglementaire que patrimonial, immédiatement adopté par les bailleurs institutionnels et les syndics.

Plus discret mais tout aussi novateur, RenovFlow, jeune proptech lilloise, a présenté un module d’audit automatisé capable de produire en vingt minutes un rapport complet aligné avec les exigences réglementaires 2025-2026.
Pour de nombreux administrateurs de biens, cet outil pourrait transformer la relation avec les copropriétés, en accélérant considérablement les prises de décision.

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La construction numérique franchit un cap stratégique

Au-delà de la rénovation, les innovations dans la construction ont été l’autre sujet majeur de cette édition.
Les solutions BIM enrichies par IA, omniprésentes cette année, ont attiré promoteurs et bureaux d’études en quête de gains de productivité.

L’acteur bien connu Finalcad a présenté une nouvelle version de sa plateforme, intégrant un moteur d’analyse automatique des réserves sur les chantiers.
En scannant simplement une série d’images, le logiciel identifie anomalies, points critiques et estimations de correction, tout en générant une feuille de route pour les entreprises intervenantes.

Dans un registre plus prospectif, Spheralab, une start-up tout juste sortie d’un incubateur immobilier, a impressionné avec son scanner 3D de chantier “live-stream”, permettant aux équipes de suivre en temps réel l’état d’avancement d’une opération depuis leur siège.
De quoi réinventer le pilotage opérationnel.

Un salon où grands groupes et nouveaux entrants livrent leurs visions de l’avenir

L’une des tendances fortes de RENT 2025 tient au retour en force des grands groupes, plus affirmés et plus structurés dans leurs stratégies d’innovation.
Plusieurs réseaux d’agences ont présenté des plans pluriannuels visant à intégrer IA, automatisation des process et outils de data science au cœur de leur modèle.

Face à eux, une nouvelle génération d’acteurs est venue bousculer les codes.
On retiendra notamment Clarity, une Legaltech émergente, qui propose un moteur de conformité capable de vérifier automatiquement la validité d’un bail, d’un avenant ou d’une note d’information.
Un outil pensé pour protéger les petites agences comme les grands ensembles patrimoniaux contre les risques croissants de non-conformité.

La coexistence de ces deux mouvements – consolidation d’un côté, émergence rapide de l’autre – illustre la dynamique d’un marché qui ne s’oppose plus mais s’additionne.

Des conférences d’un excellent niveau, tournées vers la responsabilité et la stratégie

Les tables rondes consacrées à la souveraineté de la donnée ont affiché complet.
L’immobilier comprend désormais que l’IA n’est pas uniquement une question de puissance algorithmique, mais aussi de gouvernance, de traçabilité et de responsabilité.

La nouveauté 2025, l’espace RH Connect, a également rencontré un succès significatif.
Il répond à un besoin tangible : recruter des profils hybrides capables de dialoguer autant avec les directions immobilières qu’avec les équipes techniques.

Cette montée en puissance de l’enjeu humain apporte un contrepoint essentiel à l’omniprésence de l’IA.

Une édition qui dessine clairement l’immobilier des années 2026-2030

À la lumière des innovations exposées, trois tendances structurantes se dégagent.
D’abord, l’IA devient invisible, mais omniprésente : elle ne se voit plus, mais elle organise les workflows, les priorités, les calculs, les alertes et les décisions opérationnelles y compris dans la gestion locative.

Ensuite, les plateformes intégrées s’imposent comme le futur standard d’un marché qui réclame simplicité, fiabilité et continuité.
L’ère des outils isolés touche à sa fin.

Enfin, la réglementation – énergétique, juridique, numérique – accélère paradoxalement l’innovation en la rendant incontournable.
La conformité devient un moteur, non plus un frein.

RENT 2025 ne restera pas comme l’édition du spectaculaire, mais comme celle de la structuration.
Les années d’expérimentation laissent la place à une phase de consolidation et d’industrialisation de la Proptech, où l’innovation n’est plus un symbole, mais un standard professionnel.

L’immobilier français sort de cette édition avec une certitude : un cycle s’achève, un autre s’ouvre.
Les acteurs qui intégreront rapidement cette nouvelle grammaire technologique prendront une avance décisive sur les cinq prochaines années.

 

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