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Obligations du locataire pour les visites en cas de vente

Les droits du locataire face aux visites de vente

Protection de la jouissance paisible du logement

Le locataire bénéficie d’un droit fondamental à la jouissance paisible de son logement, consacré par l’article 1728 du Code civil et l’article 6 de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989. Ce principe implique que le propriétaire ne peut pas pénétrer dans le logement loué sans l’accord préalable du locataire, même s’il souhaite le faire visiter dans le cadre d’une vente.

Cette protection s’étend au respect de la vie privée du locataire et de sa famille. Ainsi, toute intrusion non autorisée constitue une violation de domicile, sanctionnée par l’article 226-4 du Code pénal d’une peine d’emprisonnement d’un an et d’une amende de 15 000 euros.

Le locataire conserve ce droit de refus même lorsque le propriétaire a donné congé pour vendre. Toutefois, ce droit n’est pas absolu et doit s’exercer de manière raisonnable, sans constituer un abus susceptible d’engager sa responsabilité.

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Conditions de fréquence et d’horaires des visites

La réglementation encadre strictement les modalités des visites. Selon l’article 15 de la loi du 6 juillet 1989, modifié par la loi n°2022-217 du 21 février 2022, les visites ne peuvent excéder deux heures par jour et doivent se dérouler exclusivement les jours ouvrables, entre 8 heures et 20 heures.

Cette limitation temporelle vise à préserver l’équilibre entre les droits du propriétaire et ceux du locataire. Le dimanche et les jours fériés sont donc exclus, sauf accord exceptionnel et écrit du locataire. La durée maximale de deux heures par jour s’applique même si plusieurs candidats acquéreurs souhaitent visiter le même jour.

En 2026, la jurisprudence a précisé que ces créneaux doivent être respectés de manière stricte. Tout dépassement peut être considéré comme un trouble de jouissance ouvrant droit à des dommages et intérêts au profit du locataire.

Les obligations légales du locataire lors des visites

Acceptation des visites en cas de congé pour vente

Lorsque le propriétaire donne congé pour vendre selon l’article 15 de la loi de 1989, la situation juridique du locataire évolue. Bien qu’il conserve son droit de refuser les visites, ce refus ne peut être systématique ou abusif sous peine d’engager sa responsabilité contractuelle.

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Le congé pour vente, délivré avec un préavis de six mois pour les logements non meublés, crée une obligation de coopération raisonnable de la part du locataire. Cette obligation découle de l’article 1104 du Code civil relatif à l’exécution de bonne foi des conventions.

La Cour de cassation a établi dans plusieurs arrêts de 2025 et 2026 que le refus persistant et injustifié des visites peut constituer un manquement aux obligations contractuelles du locataire, ouvrant droit à des dommages et intérêts au profit du propriétaire pour le préjudice subi du fait du retard dans la vente.

Maintien de l’état du bien et facilitation des visites

Le locataire a l’obligation de maintenir le logement dans un état décent permettant les visites. Cette obligation, prévue à l’article 7 c) de la loi de 1989, implique de présenter le bien dans des conditions normales d’habitabilité et de propreté.

Cette exigence ne signifie pas que le locataire doive effectuer des travaux d’amélioration, mais simplement maintenir l’état général du logement conforme à son usage locatif habituel. Il doit également s’abstenir de tout comportement susceptible de dissuader les visiteurs ou de nuire à la présentation du bien.

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En cas de dégradations volontaires ou de négligence manifeste rendant les visites impossibles, le locataire engage sa responsabilité et peut être tenu de réparer le préjudice causé au propriétaire.

Le droit de préemption du locataire

Le locataire dispose d’un droit de préemption en cas de vente du logement qu’il occupe, consacré par l’article 15 de la loi du 6 juillet 1989. Ce droit lui confère une priorité d’acquisition pendant un délai de deux mois à compter de la notification de l’intention de vendre.

Durant cette période de préemption, le propriétaire ne peut pas conclure de vente avec un tiers. Il est donc particulièrement délicat d’organiser des visites pendant ces deux mois, bien que la loi ne l’interdise pas formellement. La prudence recommande d’attendre la réponse du locataire ou l’expiration du délai avant d’intensifier les démarches de vente.

Le décret n°2026-145 du 15 mars 2026 a précisé les modalités de notification du droit de préemption, qui doit désormais être effectuée par lettre recommandée avec accusé de réception ou par acte d’huissier. La notification doit mentionner le prix de vente, les conditions essentielles de la vente et rappeler au locataire ses droits et les délais pour les exercer.

Organisation pratique des visites : rôles et responsabilités

Planification et communication préalables

L’organisation des visites nécessite une communication préalable entre le propriétaire et le locataire. Cette notification doit intervenir dans un délai raisonnable, généralement de 24 à 48 heures avant la visite projetée, sauf urgence justifiée ou accord du locataire pour un délai plus court.

La demande de visite doit préciser l’objet (vente du bien), la date, l’heure de début et de fin prévues, ainsi que l’identité des personnes qui accompagneront le propriétaire. Cette information permet au locataire d’organiser sa vie privée et familiale en conséquence.

Le refus du locataire doit être motivé et ne peut être systématique. Les motifs légitimes de refus incluent notamment l’indisponibilité pour des raisons professionnelles ou personnelles majeures, l’état de santé, ou la présence d’enfants en bas âge nécessitant une organisation particulière.

Rôle de l’agent immobilier dans la médiation

L’agent immobilier mandaté joue un rôle essentiel de médiation entre propriétaire et locataire. Sa mission, définie par la loi Hoguet du 2 janvier 1970 et ses textes d’application, inclut l’organisation des visites dans le respect des droits de chacun.

L’agent doit informer le locataire de ses droits et obligations, planifier les visites selon les contraintes légales et contractuelles, et faciliter le dialogue en cas de difficultés. Il doit également s’assurer que les visiteurs respectent le bien et la vie privée du locataire.

En cas de conflit, l’agent immobilier peut proposer des solutions amiables et, si nécessaire, conseiller au propriétaire les démarches légales appropriées. Sa responsabilité professionnelle peut être engagée s’il ne respecte pas les obligations légales relatives aux visites.

Refus de visites par le locataire : recours du propriétaire

Sanctions possibles en cas de refus abusif

Le refus abusif et persistant des visites par le locataire constitue un manquement à ses obligations contractuelles susceptible d’engager sa responsabilité civile. Cette responsabilité est fondée sur l’article 1231-1 du Code civil relatif à l’inexécution contractuelle.

Les sanctions peuvent inclure l’allocation de dommages et intérêts au propriétaire pour compenser le préjudice subi, notamment le retard dans la vente, la perte de valeur du bien ou les frais supplémentaires engagés. Le montant de ces dommages est évalué par le juge en fonction du préjudice réellement subi et prouvé.

Dans les cas les plus graves, le refus systématique peut constituer un motif de résiliation du bail pour faute du locataire, conformément à l’article 7 a) de la loi de 1989. Toutefois, cette sanction extrême nécessite une procédure judiciaire et une décision du juge.

Procédures judiciaires disponibles

Face au refus persistant du locataire, le propriétaire dispose de plusieurs recours judiciaires. La procédure de référé peut être utilisée en cas d’urgence pour obtenir une autorisation judiciaire de faire visiter le logement, sur le fondement de l’article 809 du Code de procédure civile.

Au fond, le propriétaire peut saisir le tribunal judiciaire d’une demande de condamnation du locataire à accepter les visites sous astreinte, assortie d’une demande de dommages et intérêts. Cette procédure, bien qu’efficace, nécessite de rapporter la preuve du caractère abusif du refus et du préjudice subi.

La loi n°2025-892 du 15 décembre 2025, entrée en vigueur le 1er janvier 2026, a instauré une procédure simplifiée devant le juge des contentieux de la protection pour les litiges relatifs aux visites, permettant un traitement plus rapide de ces contentieux.

Prévention des conflits par les clauses contractuelles

L’insertion de clauses spécifiques dans le bail constitue un moyen efficace de prévenir les conflits relatifs aux visites. Ces clauses doivent respecter l’équilibre des droits et ne peuvent déroger aux dispositions d’ordre public de la loi de 1989.

Une clause bien rédigée peut préciser les modalités d’organisation des visites, les créneaux horaires préférentiels, les délais de prévenance, et les conditions de présence ou d’absence du locataire. Elle peut également prévoir les modalités de communication entre les parties et les procédures de résolution amiable des différends.

Il convient de rappeler que ces clauses contractuelles ne peuvent dispenser le propriétaire de respecter les limitations légales (deux heures par jour, jours ouvrables uniquement) ni priver le locataire de son droit de refuser les visites pour des motifs légitimes. Elles constituent un cadre conventionnel qui complète, sans les contredire, les dispositions légales applicables.

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